J’ai lu et entendu tout et n’importe quoi à propos du style de musique de Rufus Wainwright. On a beau vouloir ruer dans les brancards, se dire qu’il est de plus en plus insupportable, en 2006, de vouloir toujours mettre les gens dans des cases et leur coller des étiquettes (au marqueur indélébile si possible), rien n’y fait.
Car finalement c’est plus compliqué que ça. Les gens (moi y compris) ont besoin de savoir à peu près de quoi il retourne avant de se lancer dans l’écoute d’un artiste. En musique, la dégustation en aveugle reste un cas isolé. Je suis la première à ne pouvoir m’empêcher de dire, après une découverte : « j’ai trouvé que ça avait des accents de … », ce qui a pour effet immédiat de mettre dans une sombre colère tous les aficionados de l’artiste ou du groupe en question.
Ce soir de concert ou un Rufus inconnu m’a joué 9 morceaux en piano-voix, je vous assure pourtant que j’aurais pu jurer qu’il ne ressemblait à personne de connu sur la planète, à part peut être à une sorte de Mozart ressuscité pour l’occasion. Vous savez, ce Mozart dépeint dans le film Amadeus (au passage, j’ai trouvé la pièce très décevante …), truculent, grand amoureux des galipettes, vulgaire, avec ce rire abominable (avez-vous déjà entendu le rire de Rufus ???) provoquant, décadent, indomptable. Mais celui aussi, au-delà de son personnage, capable d’écrire les plus grands opéras, les concertos les plus inspirés, et quant au requiem, ….
Rufus Wainwright, au sortir de l’Olympia, était donc dans mon esprit un grand compositeur classique. Version 21 siècle certes, mais quand même… Très simplement parce que ce soir où j’avais fait connaissance avec sa musique, j’avais pu me délecter de cette facette là, magnifique, un peu snob aussi peut être, grandiose et dépouillée à la fois. Et parce que très certainement, c’est toujours sur cette première impression que je resterai. .
Quelle n’a pas été ma surprise, au moment où je me suis mise à essayer de faire connaître ce qu’il faisait, des réactions de mes amis. L’influence Beatles pour certains, la prédominante pop-folk pour d’autres.
Dans la presse, tandis que certaines interviews évoquaient son enfance bercée par l’opéra et la musique classique (Verdi, Berlioz, Beethoven), d’autres références apparaissaient, parfois carrément désuètes, parfois imparables. De la musique de cabaret parisien d’Arletti et de Piaf aux « singer-songwriters » américains (Leonard Cohen surtout), en passant par l’inclassable Bjork ou les géniaux et inventifs Radiohead, il s’avérait bien plus complexe que je ne l’avais cru ….
Quel style de musique fait donc Rufus Wainwright finalement ? de la « po-p-éra » disent certains, ravis de leur trouvaille tandis que pour d’autres il fait du pop-rock tout simplement. Vous entendrez aussi du « classique moderne » (on n’en est pas à un paradoxe près) ou donc, de la folk, du rock alternatif, vous pourrez même le trouver classé dans la catégorie « punk ». Rien de tout cela n’est vrai, évidemment. Ni faux non plus. D’où ce problème majeur : car qui aurait envie, à ces lectures, de se lancer dans l’aventure ? .
Vous n’êtes pas obligés de me croire sur parole, évidemment. Mais Piaf et la musique folk me font frémir, pas vraiment dans le bon sens du terme. Et pourtant, Rufus Wainwright a été pour moi un choc musical incroyable. Si je n’y avais pas été « forcée » lors de cet Olympia, je serai sans doute complètement passée à côté. Et comme je me sens glacée à cette idée, je me dis bêtement que si je pouvais aiguiller une ou deux personnes dans la bonne direction, qui elles-même orienteraient une ou deux autres … et caetera … .
On peut toujours rêver. .
photo : Affiche annonciatrice de son spectacle à venir, le 14 juin 2006, au Carnegie Hall de New York.
Rufus Wainwright y jouera l’intégralité du concert de Judy Garland de 1961