Rufus Wainwright @ le grand Rex | 30.03.2022

Quel dommage, pour Unfollow The Rules, l’un des tous meilleurs albums de la discographie de Rufus Wainwright, d’être sorti en pleine pandémie, alors qu’il aurait mérité d’être défendu partout.

Près de deux ans plus tard, la tournée le mène enfin à Paris, au Grand Rex. Dans la salle, c’est l’effervescence. Sont en effet annoncés, en guest stars, Catherine Deneuve et Calogero. Le spectacle est aussi dans la salle, où toute la presse s’est donné rendez-vous, et où l’on aperçoit Florent Marchet, Denis Podalydès, Benjamin Biolay, Dany Boon, Dominique Besnehard…

Sur un écran géant, les dessins – plutôt très réussis – que Rufus Wainwright a fait durant les confinements, illustrent ses chansons.

« Durant le Covid, j’avais beaucoup de temps, comme tout le monde ; je n’ai pas fait beaucoup de tournées, alors j’ai fait beaucoup de dessins »

A l’exception de Trouble in Paradise, pourtant le 1er extrait diffusé pour Unfollow de Rules, tous les autres titres auront droit à leur interprétation ce soir. L’occasion pour l’artiste de se montrer plus en voix que jamais, une voix exceptionnelle, chaude et vibrante, capable de descendre très bas dans les graves, de tenir les notes, mais aussi de mettre la pédale douce (un peu) sur un vibrato qu’on lui a si longtemps reproché.

Ovationnée dès son entrée en scène, Catherine Deneuve est sa meilleure attachée de presse :

« C’est lui, c’est son monde, c’est sa voix, c’est ça qui m’a décidée car je ne suis jamais montée sur scène, je n’ai jamais chanté en direct. J’ai beaucoup chanté au cinéma, en playback, évidemment, mais c’est lui, ça m’a lancée ; c’est un challenge, une folie, mais voilà, c’est fait et j’espère que… ».

Les mimiques que font Rufus sont éloquentes ; elles disent toute l’admiration, mais, tout aussi visiblement, toute la tendresse qu’il éprouve pour l’actrice.

« Dieu est un fumeur de havane… ». Certes, notre légende du cinéma Français est un peu en avance sur les musiciens, mais la voix est rigoureusement la même que lors de l’enregistrement original avec Serge Gainsbourg, et l’humilité de la grande Catherine, très émouvante. L’événement est tel qu’il est bien difficile, pour Calogero « devenu un ami », de rivaliser. Le Temps, son duo avec Rufus Wainwright, extrait de son dernier album « Centre-Ville », est pourtant un très joli moment.

Aller voir Rufus Wainwright Wainwright en concert, ce n’est pas simplement écouter un artiste hors normes. C’est aussi partager des moments de vie, et l’écouter égrener ses anecdotes familiales. Ce soir, il nous raconte – en français – comment il avait déclaré vouloir jouer le rôle d’Annie dans la comédie musicale du même nom, et comment sa maman, la regrettée Kate Mc Garrigle, lui avait assuré que c’était « totalement possible » et que parfois, les petits garçons étaient auditionnés pour le rôle. Mensonge éhonté, bien sûr : « elle voulait juste que j’apprends les chansons ». C’est l’occasion d’annoncer qu’il a fini d’écrire sa toute première comédie musicale (après 2 opéras, s’il vous plait !), même s’il ne peut pas nous en dire plus, à ce stade de négociation des contrats, et qu’il espère qu’elle pourra se jouer dans un an.

Le voilà commercial, aussi, vantant notamment la qualité de ses tee-shirts, faits de bouts de différents tee-shirts cousus ensemble :

« Ils sont très chics […] j’ai besoin d’un batteur, please buy my merch ! »

Plus loin, il raconte comment il a perdu les paroles de My Little You, écrite pour sa fille Viva et que, pressé par elle d’enregistrer la chanson pour son futur album, il finira par écourter le titre :

« c’était assez long, avant, et maintenant c’est très court parce que c’est tout ce dont je me rappelle – rires – et je pense que c’est bien, parce que notre fille a 11 ans, et c’est le temps des petites chansons, pas trop sérieuses ».

C’est le moment du concert où le piano est roi. Avec une discographie aussi imposante, il manque toujours une chanson que l’on aime infiniment. L’absence de Poses, lorsqu’elle manque à l’appel, est ce qu’il peut y avoir de plus frustrant. Mais nous voici gâtés ce soir au Grand Rex, avec l’enchainement rêvé et possiblement inédit (?) The Art Teacher / Poses / Hallelujah.

Ce qui touche infiniment chez le canado-américain, outre sa faculté à nous inviter dans son intimité, c’est sa faculté à maitriser le spectre de la communication avec son public, allant du rire à l’émotion. Ainsi de Hard Rain, la reprise de Bob Dylan, qu’il dédicace à « l’Ukraine, et aux Russes qui sont contre Poutine », avant de clôturer le concert avec la force d’un Hatred, qui revêt alors une saveur particulière.

Las, la salle est debout et ne compte pas se laisser quitter aussi facilement. Rufus revient alors au piano pour Alone Time, avant de sortir un rouge à lèvres et dans un geste de drama queen somptueux, de dessiner ses lèvres, puis ses joues et… de se déshabiller pour mieux revêtir le costume de la fameuse Annie, perruque comprise. Cette fois nous y sommes : Rufus joue Annie, comme dans ses rêves d’enfance les plus fous !

Going To A Town met un point final à une soirée qui a, sans discussion possible, ravivé une flamme que je croyais presque éteinte. Je ne comprends toujours pas comment Rufus Wainwright n’est pas plus adoré dans notre Hexagone, lui qui n’a pas son pareil pour illuminer le quotidien. Pendant ces heures, j’ai tout oublié ou presque des malheurs de notre monde. J’étais dans son monde à lui, transportée dans un univers où tout est transcendé, un univers d’art, de chant, de musique, de facéties parfois, de gravité aussi, de vie enfin. J’en aurais pleuré, de tous ces mois, toutes ces années, sans un concert de Rufus Wainwright…

Je profite de cet article pour fixer sur la toile la suite des aventures de mes amis Thierry et Lionel. Car que deviendraient les blogs après tout, si on n’y glissait pas des histoires un peu plus personnelles ?

J’ai connu Thierry sur le forum de Rufus Wainwright, alors qu’il était chargé des relations publiques de l’Opéra de Paris. Nous nous sommes liés d’amitié, les années ont passé, Thierry et Lionel se sont mariés, Rufus a chanté pour eux et ce soir au Trianon, c’est The Publicists, société de conseil en communication et management fondée par Thierry, qui s’occupait de la promotion. Thierry, Lionel, permettez-moi d’immortaliser ici toute la joie que j’ai d’avoir suivi votre parcours, en lien avec Rufus. Non seulement vous pouvez être fiers, mais chaque fois que je vous vois, votre bonheur irradie et se communique à tous ceux qui vous approchent. Qu’il dure à jamais !

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Setlist : Damsel in Distress, Unfollow The Rules, You Ain’t Big, Only People that Love, Harvest, Ziggy, Le Temps (avec calogero), Dieu est un fumeur de Havane (avec Catherine Deneuve), Romantical Man, Peaceful Afternoon, This one’s for the ladies, Argentina, My Little You, The Art Teacher, Poses, Hallelujah, Early Morning Madness, Hard Rain, Hatred // Encore : Alone Time, Annie Routine, Maybe, Going to A Town.

Photos et vidéos (c) Isatagada

Playlist vidéo sur ma chaine Youtube Isa Tagada (allez aussi faire un tour chez alaindmj, qui doit avoir tout filmé) et Lys Wantsmusic (qui suit sa tournée un peu partout).

Album photo sur mon Flick’r Isatagada

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