
Quelle joie de retrouver le club des cinq Feu! Chatterton au Trianon, 10 ans après.
Surtout depuis qu’ils ont annoncé un Bercy, puis… un deuxième !
Alors que Labyrinthe, leur nouvel album, sort ce soir à minuit, le concert surprise avait été annoncé au dernier moment.
Ce n’est rien de dire que voir un groupe qui va se produire à Bercy (2 x 20 000 personnes) dans une salle aussi intimiste que le Trianon (1 000 personnes) est un privilège.
Tous ceux qui sont là ce soir sont donc forcément à compter parmi les plus fidèles des fidèles, dont moi.
Avoir vu le groupe grandir au fil des années créé des liens. Arthur Teboul le sent. Il est donc très ému, très vite. De cette émotion qui nous rappelle celle de l’Olympia en sortie de COVID le jour de son anniversaire, alors que leur album avait été la bande son de notre confinement, enfin levé.
Du haut de notre place préférée (le dernier – mais seulement cinquième – rang du premier balcon, où l’on peut se mettre debout sans gêner personne), c’est bien la première fois que les places réservées aux médecins sont occupées. Preuve ultime de la démocratisation du groupe !
Autant le dire, la soirée est passée comme un éclair. Avec son lot de désormais « vieilles » et nouvelles chansons (Mon Frère, Allons Voir, L’Étranger, Mille Vagues, Monolithe, Labyrinthe), on aurait aimé que le concert, qui a débuté par le bien choisi Compagnons, dure beaucoup, beaucoup plus longtemps.
Je me suis faite une raison, je ne verrai jamais la sublime Erussel Baled en version live, mais hier, l’Affiche Rouge nous a toutes et tous pris à la gorge.
Jouée en rappel, le silence s’était fait assourdissant pour ce texte d’Aragon écrit en hommage au groupe Manoukian, résistants communistes fusillés pendant la 2ème guerre mondiale. La très belle interprétation d’Arthur Teboul prend aux tripes. Suspendus à ses lèvres, impossible de ne pas se laisser envahir par la solennité de l’instant. Bouleversant.
Autre moment fort, Mille Vagues, dédicacée aux disparus et dédicacée ce soir à Jean-Philippe Allard, leur manager et mentor, décédé en mai dernier.
Ce qu’on aime chez les Feu! Chatterton, c’est leur capacité à nous faire passer par toute la palette des émotions possibles le temps d’un concert. Mise à part leur capacité à émouvoir, le groupe impose une bonne humeur très rock n roll (merci les musiciens, les guitares, la batterie) et se délecte de nous faire danser. Au grand damn de mes voisins de gauche, qui s’obstinent à rester assis et ne voient plus rien. Arf. Moi non plus, mais comme je danse aussi, je profite davantage… Avant le rappel, la Malinche s’étire, intègre un remix de Mylène Farmer (Désenchantée), repart de plus belle.
Le plaisir de la danse est décuplé par des textes en français. La langue est l’une de leurs cartes maîtresses : elle permet à un public chauffé à blanc de scander ses bouts de textes préférés (pas forcément les refrains, il y a tant de fulgurances qui régalent). Ils ne sont pas légions, les groupes de rock qui chantent en français.

Et que dire d’Arthur, poète dandy décalé et vibrant, qui anime la salle comme personne, avec ce petit truc en plus que l’on sent chez lui, une volonté farouche de s’adresser à chaque personne individuellement. Une humanité. On se sent important.
Solidement ancrés dans le présent qu’ils documentent avec talent (le naufrage du Concordia, les « sans-dents »…) les Feu! Chatterton n’oublient pas le passé, et nous rappellent que la vie peut être belle, et qu’un avenir est possible.
« Allons voir ce que la vie nous réserve / N’ayons peur de rien / Prends-moi la main ! »
Merci, Feu! Chatterton. On prend.
Post Scriptum : Évidemment, je suis allée embrasser Youenn au merch
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Photos et vidéos (c) Isatagada
Playlist vidéo du concert : https://www.youtube.com/watch?v=stueUKhETzw&list=PLS4EfmGYf7LcR4As1bdVwd0qVavbyMoaX&pp=gAQB
Set list : Compagnons, Mon Frère, Allons Voir, Ecran Total, L’étranger, Côte Concorde, Mille Vagues, Libre, Un Monde Nouveau, La Malinche // Rappel : L’Affiche Rouge, Monolithe, Le Labyrinthe