La surprise de mon chéri !

– « On fait quelquechose le samedi 9 ? » me demande mon chéri il y a quelques semaines. Et bien … on devait ! Mais le concert des Jack The Ripper à Paul Baillart ayant été reporté au 15 (jour où nous serons à Bercy devant Matthew Bellamy et ses collègues de muse) …
– « Euhhhhh non, le 9 finalement on ne fait rien ! »
– « Alors réserve ta soirée, on sort, et je m’occupe de tout »

Oh my God ! Tombée de ma chaise je suis ! Pas même à prévoir de baby-sitter, ni choisir quoi faire, ni réserver, ni payer, ni aller chercher les places : moi-glan-der ! Moi-prin-ces-se ! Mari-tout-faire :-))

Les kids tiennent leur langue, malgré une petite tentative pour les cuisiner à midi. Mon Martin me regarde l’air sérieux comme un pape du haut de ses neuf ans et me dit : « écoute maman, on arrête d’en parler, j’ai peur de te donner des indices sinon ! ». 18h30, la baby sit arrive, mon homme est sapé comme pour une soirée de gala, costume sombre impeccable, chemise blanche et chaussures neuves du jour. Oops, il va falloir être sur son trente-et-un, je revois à la hausse ma tenue vestimentaire. Nous montons en voiture, direction Paris. Porte Maillot, j’avise le Palais des Congrès, je me dis que c’est peut être ça, je n’ai vraiment aucune idée de l’endroit où nous allons alors je m’écarquille les yeux à essayer de lire les spectacles en cours étalés sur la façade. Virage à gauche, nous dépassons la salle, hum, mais où allons nous donc ? Avenue des Ternes, la Fnac est sublime aux couleurs de Noël dans cet exceptionnel batiment, anciennement celui des « Magasins réunis », c’est encore gravé sur la tourelle. Nous nous garons près de la place, je ne sais toujours pas quelle est notre destination.

Quelques pas. Nous sommes arrivés. C’est la Salle Pleyel ! Waouhhhh, je n’aurais pas pu rêver mieux !!! Entièrement rénovée, j’avais parlé plusieurs fois d’y aller, ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd !

La soirée donne carte blanche à Laurent Korcia, violoniste-électron libre, capable d’aborder sans préjugés un grand classique du répertoire aussi bien qu’une chanson populaire ou qu’une pièce de Jazz. Le programme annoncé, partant, est très ecclectique : du Shumann en entrée, du Wienawski, du Bartok surtout, avec ce « duo pour deux violons Sz. 98 n°44 » (avec Nemanja Radulovic, impressionnant – il a joué au Carnegie Hall de New York : avec Rufus ?!!!) qui me plait plus que les autres pièces jouées jusqu’à présent. Peut être grâce à cette lecture que j’en ai via le programme, et cette vision de l’interprète : « Sanguin et animé, dialogue, expression, conviction, écoute, persuassion, décision », oui c’est vrai, j’y ai entendu tout ça.

Sur presque toute la durée du concert, il est accompagné de Marie-Josèphe Jude, solliste piano réputée, et de sa tourneuse de pages de partition (qui se trompe une fois !) 

Malheur, je suis prise d’une quinte de toux épouvantable, que je retiens comme je peux. J’ai une petite bouteille de Perrier dans mon sac, la voix du salut. Ou celle de la honte absolue … L’accoustique de la salle est parfaite, nous sommes à l’orchestre, au 10ème rang, et le son du gaz qui s’échappe à l’ouverture de la bouteille devient le son central de Pleyel. Grand, immense moment de solitude, adouci par les visages heureux de mes voisins qui semblent compatir au lieu de me détester ! Ah comme j’aime le genre humain quand il est bienveillant !!! Entracte. Je tousse, encouragée par mes voisins; chers voisins !

La sonate pour violon et piano en sol mineur de Claude Debussy est magnifique, « le chef-d’oeuvre de la musique française pour violon, avec le poème de Chausson; partitions qui nous emmènent très loin dans la complexité, le dens, le mystère » (L.K.), je crois que je vais agrandir ma discothèque classique avec du Debussy !

Nous repartons sur Ravel, avant de passer aux parapluies de Cherbourg de Michel Legrand !!! La batterie de mon appareil photo est vide, impossible d’immortaliser la scène avec les illustres musiciens qui rejoignent le solliste : Pierre Boussaget, l’un des contrebassistes les plus demandés de la scène internationale (Tommy Flanagan, George Besson, Dee Bridgewater, Diana Krall), Florin Niculescu, musicien tzigane formé au classique à Bucarest, à présent orienté Jazz, qui a fondé un quintette avec le fils de Django Reinhart en 1995, et Christophe Lartilleux son compère, accompagnateur également d’André Verchuren, Jo Privat et Maurice Vittenet. Ceux là ont leurs fans, si on en juge par les manifestations joyeuses qui accompagnent leur arrivée sur scène. Et leurs fans ont mille fois raison, si j’en juge leur prestation sur « Minor Swing » et « Tears » de Django Reinhart et Stéphane Grappelli.

A suivre et en guise de déssert (très classe au passage, de ne pas finir par sa propre compo mais par celle de son maître), un tango composé par Laurent Korcia, joli et pas torturé. Au contraire de la « Minor Waltz » qui cloture la soirée, de l’immenssissime Michel Portal qu’on ne présente plus, et que nous avons la chance d’entendre jouer du Bandonéon (mais de la clarinette sur la photo);  très torturée pour une valse, mais … ce n’est pas pour déplaire à mes oreilles !

Deux rappels, c’est le minimum syndical. Voilà qui m’a changé des décibels agressifs de mes concerts « pluggés » : Pleyel, c’est du son accoustique pur. On ne triche pas, c’est du brut, et les instruments classique, rien à faire, il n’y a rien de plus beau. Je reviendrai c’est sûr : je VEUX voir un orchestre jouer ici !!!

Un petit dîner (foie gras, canard et plateau de fruits de mer) plus tard, nous rentrons à la maison.

« En dix-neuf ans, c’est la première fois que je fais ça non ? » me dit mon cher et tendre. Petite gorge qui se serre. Parce que c’était si bien. J’en connais plein qui n’ont jamais eu droit à ça. Je sais que j’ai beaucoup de chance.

Bisous d’amour mon petit mari. Et merci.

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