POLAR au Triptyque – 30 janvier 2007

Semaine un peu folle, je suis donc méchamment à la bourre sur mes comptes rendus de sorties … Le pire : je n’ai même plus vraiment le courage. C’est tellement moins joli quand on n’écrit pas à chaud. J’aime toujours mieux en faire trois tonnes qu’être trop détachée. Quand les plats ont refroidi ils ont tellement moins de goût …

Mardi soir donc, au milieu d’autres artistes dont je n ‘ai retenu ni la musique ni les noms, j’allais enfin voir Polar sur scène, au Triptyque. Un peu déçue qu’il joue seul pour cette première rencontre, tant j’aime la musique chez lui, mais très heureuse tout de même. Mon petit mari aurait rêvé être de ma partie, avec tout ce que cet album nous a accompagné ces derniers temps. Las ! Il est coincé à une soirée de boulot et c’est lui organise, impossible de se défiler.

Photo Marylou Eytier http://www.cybairnote.com/album

Je retrouve Marie dans la file d’attente (très heureuse de te revoir Marie !), accompagnée de ses comparses « polarisées » (c’est comme ça qu’on dit chez eux, et c’est drôle comme on se trouve toujours de doux noms au pays des fans …) Lulla, Al et Géraldine que je rencontre « en vrai » pour la première fois. On papote on papote, et Anthony finit fatalement par débarquer dans la conversation. Je sors l’album de mon sac et tout à coup, une voix derrière moi, convaincue par l’association entre le visuel de la pochette et ma tronche s’exclame : « Mais tu es isabelle de mySpace ! Je suis Sandra ! ». Sandra et moi sommes « amies spaciennes » … avec Polar en commun justement … Sandra n’a jamais vraiment écouté Anthony Fletcher et son amie s’exclame :  »tu devrais, c’est très bien ! ». MySpace, la musique et Paris : « it’s a small world after all » …

Aurèl qui joue à la hautaine VIP

Nous entrons, Polar n’a pas encore communiqué sa liste d’invit, pas grave, à cinq euros la place, tout le monde entre en payant. La salle est en bas des escaliers et fait une forme de U, avec des banquettes et des poufs bas de couleur rouge à une extrémité, et la scène à l’autre. Les lumières sont tamisées, la tuyauterie des sous-sols apparente, comme les vieilles pierres des murs, j’adore l’atmosphère … et un peu moins le prix des consos … bah, à cinq euros l’entrée il fallait bien ça ! Nous squattons plusieurs tables, un véritable « quartier VIP » disons nous en plaisantant. Aurèl, Ann-So et ses amis nous rejoignent puis, en guest star, Alain qui a laissé sa couette et ses médocs pour nous retrouver « à l’arrach' ». Polar ne joue qu’à 22h, nous prenons le temps de … prendre du bon temps, en musique.

Polar by mon téléphone (pas top pour les concerts…)

Le grand Eric arrive, les habituées se lèvent pour le saluer. Je n’y vais pas, ne me demandez pas pourquoi, je sais que c’est inhabituel chez moi, peut être,enfin je crois, que j’ai juste l’impression de vouloir respecter un truc, que c’est leur moment à elles; je me dis que j’irai lui dire bonjour après …

Début du set assez tard, 22h30 environ. Et tout seul avec sa guitare, Polar prend tant de place que j’oublie très vite que j’avais espéré d’autres arrangements pour habiller les textes de Miossec qui ont pris une telle résonnance dans mon univers ces dernières semaines. Les filles sont tout devant, il leur sourit, demande à la salle ce qu’elle a envie d’entendre. Al n’hésite pas, réclame ce qu’elle aime. Il sourit encore. Je passe commande aussi, je voudrais « accroche toi à moi » et   »le cri »; je sais que ma préférée (« ciel, lac, orage etc … ») n’est pas tellement jouable dans ces conditions. Je n’espère même pas entendre « le cri » d’ailleurs … Polar s’évade sous nos yeux, il part, il est parti, ses yeux qui s’échappent en dedans le trahissent. Ses vocalises me prennent aux trippes, je fais miens ses cris et ses douleurs qui me sont si proches. Avec son album il est dans ma vie depuis de si longues semaines sans le savoir … Les histoires, les souffrances, c’est si banal, si partagé par tous finalement … Fichu monde des adultes … « J’aurais voulu ne pas avoir appris,  j’aurais voulu garder ma naïveté, quand je pensais qu’une vie ne pouvait s’arrêter, quand je pensais que mes amis toi et ma famille étaient là pour l’éternité … » premier choc, qui se retrouve dans toutes ses chansons, par brides, par partie, pour un tout. Inimaginable. Ces chansons qui disent tout :  toutes ces choses qui s’effondrent du jour au lendemain, l’autre qu’on croyait connaitre et qui devient étranger, la peur de tomber, l’amour trop grand qui étouffe, le décalage,  le dérapage qui n’en finit pas (« ou ça va finir » ?), la bataille, on s’accroche ! pour ne pas « tomber en cendres » …and so on …. « Accroche toi à moi » est magnifique, sur le fil, et j’ai la poitrine qui se contracte, c’est bien plus que je n’arrive à encaisser, je sens les grosses, grosses larmes qui coulent sur mes joues. Je me reprends, ça va passer, j’ai l’émotion à fleur de peau, Polar dans le rôle du catalyseur. Ca fait ça un artiste sur scène quand il est bon, quand il est vrai.  Et puis, il joue « le cri  » ! Main tendue, merci Eric. Merci merci. Après l’album, la suite du live, avec les « vieilles chansons en anglais », qui en remettent une couche. Polar raconte son histoire et la douleur de l’enfant en voiture, celui qui dessinait des toiles d’araignée sur les vitres pour s’échapper du silence entre ses parents, je pense à ça et à cette autre toile, celle de l’internet, qui fait que je suis là ce soir à l’écouter. L’anglais de ses chansons sert à partager les peines (nul doute que c’est réussi) et à prendre en main son destin … C’est là dessus que je dois m’enfuir, alors qu’il chante les premières note de son « tremblement » : « j’ai changé de géographie depuis ce tremblement de terre […] je me protège de la pluie, je détourne le cours des rivières ».

On essaye Eric, on essaye. On va y arriver même tiens ! Voilà, c’est dit …

Je lui laisse le mot de la fin, car Polar tient son  journal, et c’est un vrai de vrai …..

« Paris 31.1.2007 Merci à vous qui êtes venus hier soir… depuis quelques mois vous me suivez… vous me portez… merci pour ça… c’est précieux… Merci Lulla d’être venue de Montpellier… Merci pour ton cadeau… quelle belle attention… J’ai passé une curieuse journée avant le concert… j’étais un espèce de brouillard… j’ai marché dans les rues du 10ième arrondissement… emmitouflé dans mon manteau noir… une écharpe cache nez… mon casque audio sur les oreilles… Ipod à fond… Nathan Fake… j’avais la tête je ne sais où… C’est un peu comme ça que je suis arrivé sur scène… mes pensées plongées… profondément en moi… Je commence avec ‘Epines’… de mesure en mesure… je me laisse aller à la musique… j’ai les yeux souvent fermés… plus que d’habitude… ‘Chalet’, ‘Au verso de ce monde’… après je ne sais plus trop… si quelqu’un se souvient toute info welcome… ‘Accroche-toi’ ‘L’araignée’ ‘Tremblement’ ‘Bipolar Dream’ m’ont transporté… ça m’a touché à des endroits… où je n’ose pas trop aller… Après un dernier verre… je suis rentré à pied à la maison… les rues étaient vides… silencieuses… il ne reste que des SDFs hagard & titubant … à la recherche d’une source de chaleur… j’ai honte de notre système qui oublie ces individus… ils ont droit au minimum… « 
 
Allez l’écouter, allez le lire, découvrez-le, aimez-le comme il mérite ! Ce type là est plus qu’un artiste, bien plus : c’est un être humain qui a encore de l’épaisseur; mieux encore : un véritable empathe. Et de nos jours, c’est bien rare … 
 
http://www.polar-music.com/
 

4 réflexions sur “POLAR au Triptyque – 30 janvier 2007

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