Polar, sa dégaine et ses chansons à Massy, 23.03.2007

Cette soirée de vendredi commençait plutôt mal : ma maman venait de débarquer de province, en larmes, m’affirmant qu’elle ne viendrait plus jamais (elle était tombée deux fois dans les escaliers en changeant de train, personne ne l’avait aidé à porter sa valise, trop lourde pour elle, enfin pour couronner le tout, ayant oublié de composter son ticket de métro, elle venait d’écoper d’une amende de 25 euros) et Anthony, malade, déclarait forfait pour la soirée. Dans la colonne « positivons », le concert ne débutait qu’à 21h, ce qui nous permettait de largement prendre notre temps, d’autant que nous nous apprêtions à inaugurer la salle Paul Baillart à Massy dont les travaux étaient désormais terminés, et qui se situait, foi de GPS, à quatre kilomètres et demi de la maison. Pas de baby-sitter à trouver non plus, puisque ma maman était là, quel soulagement ! Pas seulement pour des questions d’argent d’ailleurs, mais pour tout ce que ça implique : s’y prendre à l’avance, mal tomber et appeler au moment où mes étudiant(e)s préféré(e)s sont : a. en pleine période de contrôle ou d’examen , b. déjà trop sortis cette semaine, c. déjà pris ce soir là (réponse au choix), commencer à angoisser au bout du deuxième refus et envisager le scénario catastrophe au troisième, comme si tous se donnaient le mot le même soir.

La salle est perdue en pleine ville de banlieue, au milieu des immeubles, un peu bizarre, assez glauque même comme emplacement. Elle est toute belle pourtant, refaite comme cela, entièrement recouverte de bois exotique à l’extérieur. Je discute dès l’entrée avec le type qui prend les billets et qui m’encourage à visiter. La pièce où se trouve le bar a aussi sa scène, et c’est très sympa ; ni une ni deux je retourne voir le môsieur qui me dit que je devrais laisser un disque d’Anthony pour une éventuelle programmation.

Dans la salle, je tombe sur Mailodie, à la fois photographe, fan de Polar, de Dominique A, et Antonienne. Elle est assise au premier rang, en grande conversation avec son voisin, très charmant le voisin d’ailleurs. On papote, elle me dit qu’elle n’a pas encore mis en ligne les photos du Chat Noir, qu’elle avait beaucoup aimé le concert. Le voisin ne connaît pas Anthony Fletcher ? Qu’à cela ne tienne, je lui donne sa petite bio que je trimballe partout avec moi. Il promet qu’il écoutera. On plaisante, on parle de nos Q.I. respectifs (ne me demandez pas pourquoi je parle de Q.I. avec un parfait inconnu, je serais bien incapable de dire comment c’est arrivé dans la discussion !), l’ambiance est vraiment détendue et très agréable. Le concert va commencer, je rejoins mon petit mari qui a pris place au premier rang juste devant Al qui gardait des places pour Marie et Arnaud, peut-être Fripouille aussi. Finalement aucun d’entre eux ne viendra, la voiture est en panne …

Polar débarque seul sur scène, fringué à la Polar, pantalon de costume, tee-shirt rouge à manches courtes («  ne cherchez pas à déchiffrer, nous prévient-il un peu plus tard dans le set, c’est écrit en allemand  ») et veste en cuir marron à fermeture éclair ; rien ne va avec rien, et ça me va ! Car c’est lui, et je crois que j’ai intégré ça à présent : les vêtements participent de son identité, et j’en ai vu tellement des «  lookés-façon-buzz  », tous pareils, je suis en période d’overdose un peu …

Malgré les instruments installés sur la scène, il commence à chanter «  Araignée  » seul avec sa petite guitare, et je me dis qu’ils doivent être ceux d’An Pierlé, que c’est raté encore une fois pour un concert avec son groupe; tant pis, j’avais adoré l’écouter seul au Triptyque aussi alors… Ceux qui ne l’ont pas vu là bas n’auront pas droit ce soir à l’histoire de cette chanson racontée à Paris le mois dernier, celle de ces dessins en forme de toile d’araignée qu’il faisait sur la vitre de la voiture pour se distraire du froid glacial entre ses parents lors des longs trajets de départs en vacances. Moi j’y étais. Donc je sais, et je l’en aime d’autant plus, même si elle ne figure pas sur l’album «  Jour Blanc  ».

Finalement je m’étais trompée, la solitude de Polar n’était qu’une mise en scène et ses musiciens le rejoignent au milieu de la chanson. Guitare, basse, batterie, c’est parti ! Polar n’est pas tendre avec son instrument, il casse une corde dès le deuxième morceau et meuble en plaisantant avec l’aide de ses complices qui continuent à jouer. «  Vous vous demandez pourquoi je n’ai pas de guitare de rechange ? bah je pourrais, mais celle là c’est vraiment ma préférée, et puis ce genre de choses ça casse un peu la glace, j’aime bien quand ça arrive !  ». Il se dirige vers les coulisses, revient avec une quinzaine de sachets de cordes, les passe en revue les uns après les autres avant de trouver la bonne, déchire le plastique, attache la corde d’un côté, puis de l’autre, sur le manche, attrape une pince pour couper ce qui dépasse, ça dure un temps fou, mais s’il s’en inquiète, alors c’est qu’il cache bien son jeu. Il essaye de faire réagir la salle, nous trouve timides; puis il accorde sa guitare pour finir sa chanson.

Chacun de ses morceaux me parle, c’est fou.

«  Epines  » (vidéo ci dessous) est une sorte de coach qui m’exhorterait à me respecter, à me blinder un peu plus dans mes rapports avec les gens, à ne pas tout donner comme ça au premier venu. Echec total à ce jour, mais le débat est vaste, j’en ai déjà parlé : est-ce si intéressant de se protéger de tout et des autres surtout ? A trop se barricader, bien sûr on ne souffre plus mais vit-on encore quoi que ce soit ? Les baffes on s’en prend tous, et finalement, ça permet de faire le tri …N’y a t’il aucune autre issue que le cynisme ?  «  Et si un jour tu m’entends sonner / faudra pas me laisser entrer / Essaye d’être un peu plus fier / Ne te laisse plus jamais faire / Et à vrai dire et pour tout te dire / Ne te laisse plus jamais faire / Chez moi les roses sont des épines / Chez moi les roses ne sont pas des fleurs  »

«  Au verso de ce monde  » témoigne pour tous ceux qui se sentent perdus, tellement inadaptés, et j’apprends ce soir que les mots sont ceux d’Elsa Triolet, initialement chantés par Jeanne Moreau. L’ancêtre de «  Creep  » en version française ? «  Ce n’est pas Dieu possible / Que ce soit un peu vrai / Ce sentiment que j’ai / D’être seul et toujours / Au verso de ce monde / Comme si tous les autres / Etaient du même côté / Et savaient et faisaient / Ce qu’il est bon de faire  ». Qui pourrait ne pas prendre un peu ça pour lui ?

Toutes ses chansons, vraiment, trouvent écho en moi. Et j’ai de la chance, car s’il manque à l’appel de mes titres préférés la magnifique «  Ciel Lac Orage Etc  », Eric (de son vrai prénom) nous offre les deux chansons qui me bouleversent le plus : «  Accroche Toi  » (vidéo ci dessous) dont le crescendo de la musique couplé à son cri déchirant, presque un râle, me remue à chaque fois, bien que ce soir elle me touche moins qu’au Triptyque («  Il te faudrait des ailes me dit-elle / Pour ne pas tomber en cendres […] / Tu as tellement besoin de moi / Tu es tellement frêle / Accroche toi à moi à moi à moi à moi à moi à moi / Il n’y a rien de réel / Que le ciel me dit-elle / Tu devrais le comprendre / Il n’y a rien de plus beau / Que les neiges éternelles me dit-elle / Et toi tu fonds sous le soleil / Accroche toi à moi sinon tu tomberas du ciel  »), et «  Le Cri  », qu’il introduit longuement avec l’histoire telle que racontée sur le livret de son album, dans une variante plutôt comique cette fois («  Je me suis dit : «  cette fois il va vraiment me prendre pour un taré !  »), et avec la participation de la salle qu’il s’amuse à faire crier à son tour. C’est drôle qu’il fasse ça et nous laisse à notre tour «  sortir de nous-même  ». Alors que je l’enviais tellement de pouvoir se lâcher comme ça … merci Eric ! Comment fais-tu ? Toujours champion du monde de l’empathie en tout cas…

Accroche toi POLAR Massy 2007

Les chansons s’égrenant, il présente ses musiciens, et remercie les têtes connues dans la salle, notamment Philippe, le batteur de Miossec, et aussi celui de l’album «  Jour Blanc  » qui lui fait l’amitié d’être là ce soir. Philippe qu’il pointe du doigt au premier rang … à côté de Mailodie, son charmant voisin à l’intéressant QI donc ! ! ! Je n’en rate pas une décidément ! ! !

Le dernier rappel se fait micro coupé, il n’est qu’une première partie et l’organisation, avec le retard pris suite à la corde cassée, a du mal à le laisser revenir. Alors il joue «  Sonny  » en acoustique, une vieille berceuse irlandaise que sa mère lui chantait pour l’endormir, et il descend dans la salle, dans les allées, entre les gens, dans une ultime tentative de communion.

A dire vrai, je ne suis pas certaine qu’il ait trouvé en cette salle aux fauteuils rouge et au public assis la chaleur et l’intimité d’un set en solo au Triptyque. Mais si le public était plus passif, et lui moins «  dedans  », Polar c’est toujours Polar, et je suis bien triste lorsqu’il s’en va …

An Pierlé «  And The White Velvet  » prendra sa suite après une longue interruption. Petite boule d’énergie toute menue, elle roule sur son ballon, drôle de tabouret de piano qui marque les esprits, et tente quelques phrases comiques dans un français au fort accent flamand. Je reste toujours assez fascinée par sa prestation qui avait été celle que j’avais retenu du Cactus festival à Bruges l’Eté dernier. Mais de nouveau, je n’ai pas envie de transformer l’essai en achetant un disque, persuadée que son charisme scénique, principal intérêt du groupe, reste impossible à retranscrire en studio … Un jour peut-être.

2 réflexions sur “Polar, sa dégaine et ses chansons à Massy, 23.03.2007

  1. Hello Isa 🙂
    Bravo pour ton CR.
    Le relire aujourd’hui me replonge instantanément dans cette belle soirée 🙂
    Bisous et à très bientôt,
    Mailodie

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  2. Merci de m’avoir donné l’album Isa, il me plaît beaucoup et me touche vraiment, même si sa façon de respirer et ses soupirs répétés ont tendance à m’agacer. Mais il dégage quelque chose de vraiment particulier… Par contre, je n’arrive pas à faire fonctionner les vidéos, je ne sais pas si c’est seulement chez moi ? il y’a un grand « blanc » à leur place.
    Et loool pour le couplet sur les étudiantes babysitters 😉 .

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