Rock en Seine 2025 – Dimanche : Sylvie Kreusch, King Hannah, Fat Dog, Last Train, Kneecap, Fontaines DC, Queens Of The Stone Age

Rock en Seine jour 4 et ENFIN une programmation ROCK ! Outre les guitares, on retrouve les copains qui avaient déserté les autres jours, mais aussi la foule (ça ne nous avait pas manqué) et les conflits (Sharon Van Etten ou Last Train ?). Ce dimanche s’annonce dense !

Pour démarrer, quelqu’un nous a conseillé Sylvie Kreusch dont on n’a jamais entendu parler. 13h40,  c’est tôt, mais le rendez-vous est pris !

En réalité, on la connait déjà, puisqu’il s’agit de l’ancienne compagne – en musique comme à la ville – de Maarten Devoldere (Balthazar), avec qui elle avait fondé le groupe Warhaus. Faut-il le redire ? J’adore les Belges. Je trouve qu’à l’instar de nos cousins du Québec, ils ont ce grain de folie qui les fait sortir des sentiers battus et rend souvent leurs projets passionnants.

Au vu de sa prestation enlevée, cela semble encore être le cas, avec des titres très variés qui tiennent la route (celui filmé ci-dessous est très différent des autres, qui ne se ressemblaient pas non plus entre eux), une voix singulière qui m’a bien accrochée, et un vrai groupe de scène (sept personnes en tout, majoritairement des femmes).

Si l’on a beaucoup entendu parler du soutien des groupes irlandais du jour à la cause Palestinienne, je n’ai rien lu concernant Sylvie Kreusch et son parapluie pastèque, qu’elle brandit avec conviction tout en chantant « I can’t keep it quiet no more » (pour ceux qui ne le savent pas, la pastèque est utilisée pour figurer le drapeau palestinien, qu’il est considéré comme un crime d’arborer en Palestine).

Sylvie Kreusch (c) Isatagada

Une raison de plus pour donner envie de creuser davantage le cas Sylvie Kreush, et pour commencer en allant la voir le 29 novembre à la Gaité Lyrique, comme l’indiquent les petites cartes accrochées aux ballons argentés distribués dans le public.

King Hannah (c) Isatagada 2025

Après un rapide passage sur la scène Horizons (désolée pour Léonie Pernet, à l’autre bout du site), retour à la scène Revolut pour King Hannah où notre Gilles national a pris place à la barrière, ce qui laisse augurer un très bon groupe. Leurs influences ? PJ Harvey, Sharon van Etten ou Mazzy Star. Intéressant.

En effet, le duo entame son set avec un morceau de basse bien lourde, la voix claire posée de la chanteuse a la Sinead O’Connor et des riffs de guitares dignes de ce nom. Pour la toute première fois du festival, on se surprend à partir dans un petit headbanging lent et savoureux. CQFD. VOILÀ ! C’est ça qu’on veut à RES !

Si le groupe est anglais, leur musique nous embarque comme pour de longs voyages sur les interminables routes américaines, dont ils pourraient être la bande son.

Savoir prendre son temps. Tout est là.

Au vu de la densité de la journée, il aurait été tentant d’attendre sagement le concert suivant. Mais Fat Dogs (qu’on ne connait pourtant pas du tout), nous appelle sur la Grande Scène.

Bingo, ils sont au moins dix sur scène, et nous embarquent dans un set génialement foutraque et débridé dans lequel on retrouve du rock, de l’électro, avec un saxo et un violon en prime. Le genre ne semble pas ravir que moi, au vu des festivaliers qui dansent et s’amusent franchement dans le public. Une sorte de cocktail à la Madness parfois arrosée d’une sauce techno, ou orientale pour un mélange des genres qui fait l’unanimité.

D’ailleurs c’est simple, tout le monde danse sans se faire prier. On notera même un moshpit ! La bonne humeur est générale, largement partagée par le groupe sur scène, emmené par un chanteur totalement déjanté qui ne ressemble à rien, des zikos qui font la fête entre eux, et un violoniste qui se transforme soudainement en danseur de hip-hop. C’est vraiment n’importe quoi. On adore.

Il faut alors courir pour retrouver Last Train, dont mon amie alsacienne Mag me parle depuis 15 ans (au moins) ! C’est enfin l’occasion de la rencontre, pas trop tôt.

En fait de rencontre, c’est un coup de coeur, à la hauteur de la générosité du groupe, dont les quatre membres se donnent totalement jusqu’à me faire pleurer. Il y a des gens comme ça, d’une sensibilité telle qu’ils te transpercent.

Last Train (c) Isatagada 2025

Le ressenti est immédiat au contact de leur rock explosif et extrêmement touchant à la fois. Par le truchement de leurs instruments, ils semblent projeter tout ce qu’ils retiennent en eux, pour mieux l’expulser et ne pas imploser. Leurs guitares furieuses expriment à la fois leurs doutes et leur détermination, leur humilité et leur ambition farouche, leur amour et leur rage.

Last Train (c) Isatagada 2025

Les morceaux s’étirent en dehors des formats imposés pour laisser libre court à de longues parties instrumentales sur lesquelles le plaisir des musiciens est palpable. Le quatuor est à la fois dans son jeu, dans l’interaction avec les autres musiciens, et va chercher le public pour transformer le tout en un organisme unique.

Last Train est à l’évidence un groupe de scène.

C’est un phénomène difficile à décrire, alors que leur prestation épique nous donne en même temps une impression de fragilité assumée et de puissance. Tout ça dépasse largement le seul cadre du rock, pour atteindre des sommets assez inédits en concert. Il faut un groupe qui a une âme  pour réussir ce miracle de l’échange parfait ; j’ai du mal à m’en remettre.

Last Train (c) Isatagada 2025

Après Max Baby vendredi, je prends mon autre claque du festival devant ce qui se passe humainement entre le groupe et le public. Dire que la réponse des festivaliers est chaleureuse serait très en dessous de la réalité. Depuis mon poste avancé (au 2ème arbre, à droite de la scène), je nous sens collectivement entraînés dans une réaction extra-ordinairement démonstrative et inédite. C’est une vraie communion, qui semble littéralement  porter le groupe.

Du reste, c’est bien ce qui se passe au figuré comme au propre, lorsque le chanteur vient slammer et se hisser debout sur la foule, levant sa guitare en étendard, comme un défi. C’est l’allégorie ultime. Magnifique.

Quand les membres du groupes nous offrent leurs visages bouleversés sur les écrans géants, ils nous atteignent définitivement. L’annonce d’une date future au Zénith, après un Trianon déjà complet, achève de rompre une digue déjà bien ébranlée. Tout le monde se regarde et je ne suis pas seule, alors, à pleurer dans le public.

Last Train (c) Isatagada 2025

« On ne triche pas avec les émotions », entend-on le chanteur dire dans ce documentaire tourné lors de l’enregistrement de The Big Picture .

Il y a une grandeur dans ce groupe, qui force l’admiration.

Toute velléité d’enchaîner avec autre groupe est anéantie. Tant pis pour Wallows (avec un peu de 13 Reasons Why dedans), il faut faire une pause et redescendre sur terre avant d’aller se frotter à l’expérience Kneecap.

Kneecap (c) Isatagada 2025

Malgré le chantage aux subventions (plus de 500 000 € retirés par la ville de Saint-Cloud et la région Île-de-France), Mathieu Pigasse, propriétaire du festival,  a maintenu la programmation du groupe que le chanteur de Rage Against The Machine lui-même a intronisé en tant que leur possible successeur.

La tentative de censure a eu l’effet inverse que celui escompté, si on en juge par les milliers de personnes massés sur une zone très supérieure à la capacité prévue, qui s’étend au delà de la scène Horizons. Difficile de penser qu’autant de personnes seraient là pour soutenir l’horreur du terrorisme comme on voudrait nous le faire croire. Outre le rejet de cette censure, l’opposition à la riposte globale d’Israël et le soutien aux populations massacrées et affamées à Gaza est plus probable, en même temps qu’un intérêt sincère pour la musique du groupe.

Mon problème, c’est que je n’arrive décidément pas à me faire au rap dur, quand bien même il serait irlandais.

Et qu’en me carapatant au bout de trois titres, j’ai manqué, aux dires de gens dont je respecte l’avis, l’un des meilleurs concerts de Rock en Seine, qui a « démarré plus tard » en virant « beaucoup plus punk / électro suivant les morceaux », « avec un petit coté Asian Dub Foundation » (coucou, Seb ;)).

Quatre nouvelles dates sont prévues à Paris les 8 et 9 septembre au Trianon et les 10 et 11 novembre 2025 à l’Élysée Montmartre.

Ce départ anticipé du Bosquet a au moins l’avantage de nous permettre de retrouver facilement nos amis du 2ème arbre (de la Grande Scène, cette fois) avant le déferlement de fans venus en nombre pour Fontaines DC.

Quant à moi, c’est le seul concert que j’ai réellement envie de voir lors de cette édition.

Depuis Dogrel (2019) et plus encore depuis que A Heroe’s Death a été la bande son de mon été 2020, Fontaines DC, avec son post-punk tour à tour dansant ou profond et poétique, fait partie de mes groupes préférés. Avec deux albums en deux ans, on avait cru rêver quand l’excellent Sinkty Fia était sorti en plus en 2022. Alors que Romance (2024), un quatrième album en cinq ans, nous plaise moins (trop pop, sans l’urgence poignante des précédents disques) n’est sans doute pas si grave.

D’autant que, porté par le très efficace Starburster, il a visiblement permis au groupe de toucher un très large public, si l’on en juge par la marée de t-shirts floqués Fontaines DC dans les allées du parc en ce dernier jour du festival. Les stars du jour, ce sont eux.

Au contraire de Last Train, les Irlandais sont pour moi davantage un groupe de studio qu’un groupe de scène. Peut-être parce que ma relation avec eux est de l’ordre de l’intime, que je ressens davantage leurs chansons lorsque j’ai la possibilité de concentrer mon attention sur les paroles, que je peux m’enfermer dans une bulle auditive et m’imprégner de cette exaltation pure qui entraîne souvent avec elle un goût d’adolescence écorchée.

Peut-être aussi parce que de mon point de vue, la scène n’apporte pas grand chose au projet. La communication verbale avec le public est quasi inexistante, comme si Grian Chatten avait tout donné dans l’écriture alors que sur scène, c’est plutôt un taiseux, ce qui ne l’empêche pas de dédicacer Favourite, au groupe Kneecap, leurs pals, en nationalité, en conviction et parfois aussi en chanson.

Aucun reproche à faire quant à l’attitude scénique, cependant. Malgré la fatigue d’une longue tournée, le frontman n’est pas avare de grands moulinets de bras ni d’incursions au milieu des premiers rangs. Il n’hésite pas non plus à s’interrompre pour signaler un malaise dans le public, et à attendre le temps qu’il faut pour que la personne soit prise en charge. J’aime ce groupe.

J’ai beau constater dans mon entourage qu’ils peinent à convaincre ceux qui ne les connaissent pas vraiment, moi qui avait peur que la formation n’occupe pas suffisamment la Grande Scène, je trouve que cet espace leur va plutôt bien. Je n’ai rien à dire à ceux qui trouvent le chant faiblard. Je ne suis pas fan des Dublinois pour leurs qualités de vocalistes, de toute façon. Pire, je trouve que ça desservirait le genre. Et puis… je les garderai bien pour moi le plus longtemps possible… 

Fontaines DC (c) Isatagada 2025

En ce qui me concerne, je les aime tellement, eux et leurs chansons, qu’ils étaient MA tête d’affiche du dimanche (et de mon festival).

Outre leurs morceaux à pogo, Fontaines DC excellent dans les titres lancinants. Même s’il m’a manqué le très beau I don’t belong to anyone dans la set list, ils nous ont régalé avec I Love You et sa basse Curienne. 

Après 4 journées en immersion totale, c’est (déjà) le temps du dernier concert.

Je ne sais plus combien de fois Queens Of The Stone Age s’est produit à Rock en Seine, mais leur venue n’est pas une première. Au contraire de mon cher et tendre – sans doute plus délicat que je ne le serai jamais -, j’adore leur gros son, et en particulier la batterie, qui « envoie du bois » (coucou BlackSteph, si tu passes par ici). Si je n’étais pas au festival lors de leur venue en 2005, j’avais eu la chance de me trouver à la barrière au moment de la venue surprise du super groupe Them Crooked Vultures en 2009 (avec Dave Grohl et John Paul Jones), où Josh Homme m’avait conquise d’entrée avec son charisme, son jeu de guitare, sa façon de bouger et par dessus tout, sa voix incroyable.

Malgré ce que j’en dit sur mon propre blog, il faut croire que je n’avais pas été aussi séduite que ça par leur prestation 2010 puisque je n’y étais pas retournée en 2014.

Je ne suis pas plus au taquet cette année, où je trouve leur programmation un peu limite, en clôture d’un festival décidément bien peu fourni en têtes d’affiche. Mais bon.

Je réalise en fait que je n’ai pas revu QOTSA depuis 15 longues années, dont les dernières ne semblent ne pas avoir été tendres pour Josh Homme. Depuis 2019 en effet, il a lutté contre un cancer, annulé 2 parties de tournées, divorcé de sa femme, dû se battre pour la garde de ses enfants, vu une dizaine de ses proches mourir (on n’oublie pas la période COVID).

Autant dire qu’en plus du temps qui passe, si l’homme (avec un petit h) a pris cher et que sa voix a perdu de sa superbe, il y a quelques raisons à cela. Infiniment moins puissant vocalement que dans nos souvenirs, moins habile à exceller dans les aigus, on souffre de le voir enchaîner les cigarettes.

Pas étonnant non plus qu’il reste un peu autocentré contrairement à ses petits camarades, davantage préoccupé par sa personne que par ce qui se passe dans le monde, avec en guise de préoccupation majeure et de prise de parole, des remerciements adressés personnel des Catacombes où il a pu réaliser son rêve d’enregistrer un concert live (une première).

Et même si tout cela sent la fin (ce qui nous émeut quand même un peu) et qu’on s’est globalement ennuyés pour ce dernier concert de l’édition 2025 du festival, les « guitar heroes » du jour, à n’en pas douter, ce sont les Queens.

Allez Rock en Seine, j’ai un peu râlé, mais tu m’as encore fait de beaux cadeaux cette année.

Rien que pour les découvertes, je ne suis pas prête d’arrêter de t’aimer.

A l’année prochaine !

(Au fait, je ne tiens pas à OASIS)

***

Photos et vidéos (c) Isatagada

Album photo Last Train

Playlist vidéo du dimanche : https://youtube.com/playlist?list=PLS4EfmGYf7Lc530mn13VxuYWBurM03eLR&si=6NOKGHnc7QwpMOhw

2 réflexions sur “Rock en Seine 2025 – Dimanche : Sylvie Kreusch, King Hannah, Fat Dog, Last Train, Kneecap, Fontaines DC, Queens Of The Stone Age

  1. Coucou Isa

    Il ne fallait effectivement pas partir de Kneecap au bout du 3eme morceau, c’est après qu’ils ont joué des morceaux plus proches de nos goûts, au point d’en faire un concert marquant de ReS.

    Maintenant c’est inévitable dans les festivals, trop de groupes en si peu de temps, mélangés à nos impatiences et FOMO font qu’on a toujours un peu envie d’aller voir ailleurs. Ma patience a été récompensée sur Kneecap cette année, mais j’ai aussi raté d’autres concerts en changeant de scène trop tôt.

    Je suis assez d’accord avec ce que tu écris sur Fontaines DC, et je n’ai visiblement rien raté avec QOTSA.

    Seb

    Aimé par 1 personne

    • Hey ! Merci d’être passé ! J’ai fait un lien sur ton nom vers ton post sur les festivals 😉
      Je vais prendre le temps de regarder d’autres titres live de Kneecap !
      On se revoit au moins au Trianon pour PAMELA 😀

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